Chère Elisa…Cette douleur a des racines si profondes

In Humeurs
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“Chère Elisa, 
Je me retrouve aujourd’hui assise dans cette chambre, ma chambre d’enfant, où tout s’est déroulé il y a cinq ans et demi. 
15 janvier 2012. 
Aujourd’hui, mon corps saigne et les traces de sa venue ajoutent à mon cœur déjà retourné les pincements que j’ai ressenti ces dernières années. 
Aujourd’hui, la maison familiale perd ses allures de lendemain de fêtes, elle qui d’habitude est si agitée par cette famille nombreuse. La musique ne danse plus. Les guitares ne chantent plus. Cette chambre porte toujours le même décor et tant de choses ont changées. 
Je me souviens encore, de la nuit qui s’efface, nos corps emmêlés, ce que je lui ai donné ce matin de janvier, ce qu’il a volé avant de s’enfuir, à tout jamais. 
Dans un murmure, il m’a dit que tout irait bien. Ses côtes ont déchiré ce que je gardais secret, arrière goût salé, son corps bouillant, ma gorge nouée. 
Je lui ai tout donné, mon cœur, mon âme. Et d’un geste, d’un regard, il a tout balayé. Notre histoire, cette nuit d’amour, cet acte forcé et il s’est envolé. Il ne sait pas, que je suis une femme, depuis tout ça. 
Ce matin ne mourra jamais, il vit en moi comme un éternel refrain depuis si longtemps. Nous avions dix-sept ans, et déjà, il se construisait en me détruisant. 
Depuis lui, quelque chose s’est effondré et cette douleur a des racines si profondes. Lorsque j’y repense, l’intensité des émotions est toujours surprenante… Je ne sais faire face au feu de ma colère, ni même à la vulnérabilité de mon chagrin et je reste dévastée par la culpabilité. 
Depuis lui, je suis devenue une bouée de sauvetage pour certains de mes partenaires, en accumulant les histoires avec les hommes qui ont besoin que je m’occupe d’eux. Et depuis, ce que je maîtrise le mieux, c’est l’art épuisant de me dévouer aux autres. Je laisse passer les années, avec ce vide au fond du cœur, cette douleur qui m’arrache souvent les tripes, ces terreurs nocturnes et l’incompréhension de ceux qui veulent bien de moi. J’ai passé des années à côté d’eux, sans les regarder. Sans trouver ni la force, ni le temps de les aimer mais en continuant de m’acharner à tenter de m’accrocher. Mais le temps qui passe ne cesse de me rappeler qu’on oublie rien de ce qu’on souhaiterait oublier. 
J’entends cette voix depuis des années qui me chuchote à l’oreille que je ne serai jamais assez belle, jamais assez intelligente, jamais assez acceptable pour être un jour digne d’être aimée, pour mériter la réussite et le bonheur. Parce que si j’avais été digne de respect et d’affection, il en aurait eu pour moi, me chuchote la voix.
Et depuis des années, j’ai un immense vide à la place du cœur. Je retiens mes larmes, trop brûlantes, trop salées. Je regardé défiler la vie, sans trop oser y participer. 
Tout est si nocif, depuis ça. 
J’ai toujours un pied dedans, un pied dehors. Prête à fuir, moi aussi. Je ne suis plus cet océan calme, plat. Je suis cet orage, cette tempête et je sème les morceaux qu’il reste de lui, les morceaux qu’il reste de moi. 
Et j’essaie d’avancer, en le sentant dans chacun de mes pas.” 
En vous remerciant de ce temps passé à nous lire, nous répondre, nous aider à Vivre. 
Affectueusement. 
Chloé, 
Chère Chloé, aujourd’hui, je préfère te répondre en privé. à bientôt Elisa

9 Comments

  1. Oh Chloé, je voudrais pouvoir te serrer dans mes bras. Cette douleur infinie semble si lourde à porter. Et ce n’est pas juste.

    Mais oser en parler, c’est déjà un si grand pas. Oui, tu es digne d’affection et de respect; oui tu es forte et cette résilience est en toi. Peut-être pourrais-tu en parler aussi avec une association ou un professionnel qui saura t’aider à mettre des mots sur tes maux, à soulever ce voile ?

    Parce que la vie est belle, légère aussi. Et même encore plus douce quand on revient vers elle. Je t’embrasse <3

  2. Comme moi. Chloé, moi aussi. Moi aussi tout ça. c’était en 2010 et j’avais à peine 20 ans. Moi c’était le soir. Et un réveil dans des draps de sang. Depuis moi non plus je n’ai jamais eu une haute opinion de moi. moi aussi je me suis dévouée aux autres en me disant qu’après tout, qui voudrait de moi.
    Qui voudrait d’un défouloir, déjà abîmé, déjà flétri.
    Je n’ai pas attendu après Lui.

    Mais un jour, par magie, il est arrivé dans ma vie. Tout seul. Tout simplement. Il m’a dit qu’il attendrait que je sois prête, comme pour une première fois. Il m’a enlacé, comme pour me protéger, pendant que je pleurais dans ses bras.
    Il m’a fait revivre, il m’a fait me sentir importante. Il m’aime et me le dis.
    Tout s’arrange Chloé. je vais mieux et tu iras mieux aussi. Comme moi. je t’embrasse.

  3. chère Chloé, qu’il est long et plein de recoins le chemin vers soi quand on a été abusée… Juste le temps de réaliser que tu n’avais rien fait pour ça, que tu vaux, tu mérites, juste parce que tu es une personne et de plus une personne sensible et généreuse… je rejoins les propos de Daphné, l’aide d’un professionnel qui écoute et te permet de réparer avec tes outils sera précieuse…

    et la vie va te surprendre, doucement, tendrement, dès que tu seras d’accord..
    je t’embrasse et te souhaite de la paix….

  4. Chloé, j’ai le même prénom que toi. Sais-tu qu’il vient du grec Khloê se traduisant par “jeune pousse tendre”? Pourquoi je te raconte cela, me diras-tu? Peut-être parce que comme toi j’ai des émotions en montagnes russes, des plaies qui ne semblent pas vouloir se cicatriser et des souvenirs qui hantent mes nuits… Peut-être parce que c’est souvent ainsi que je me vois: un brin d’herbe fragile perdu au milieu d’une prairie, secoué par les vents et piétiné sans pitié. Mais le brin d’herbe que je suis, aussi fragile et malmené qu’il puisse paraître reçoit aussi la douceur du soleil, la fraîcheur de la pluie, la caresse des herbes folles qui l’entourent… alors ce jeune pousse plante un peu plus ces racines dans le sol et s’accroche à la vie! Chloé, je ne peux imaginer la douleur qui te transperce mais n’oublie pas que le jeune pousse que tu es à le droit au bonheur pour un jour s’épanouir en la plus belle des fleurs. Prends soin de toi, Tendrement, Chloé

  5. Chère Chloé,

    C’est lui qui est indigne. Vous, vous êtes digne, et forte et courageuse et généreuse aussi. Prenez le temps, trouvez une oreille compatissante et professionnelle. Je vous souhaite de rencontrer quelqu’un digne de vous, qui prendra soin de vous, comme vous le méritez. Vous êtes digne d’être aimée, vous êtes aimable.

    Je vous embrasse

  6. Chère Chloé, le chemin est long vers l’estime de soi et l’ouverture au monde lorsque comme vous on à été privée de cette joie par un autre, criminel et destructeur. Parfois certains ont besoin de temps, d’autres d’une oreille, et d’autres encore d’une épaule et souvent de tout cela à la fois. Je peux vous conseiller deux adresses spécialisées en psycho-trauma sur Paris, si vous n’êtes pas de ce coin, ils sauront où vous adresser. Parce que si vous souhaitez aller consulter il est toujours préférable de le faire auprès de personnes qualifiées. Avec toute mon affection, Cécile

  7. Bonjour Chloé, bonjour Elisa, bonjour toutes les autres,

    Pour être écoutées, un parfait numéro : 0 800 05 95 95.

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